De Guelendjik à Angus Road: les points communs entre Vladimir Poutine et Pravind Jugnauth

Moins de deux semaines après sa diffusion, une enquête vidéo réalisée par l’opposant russe actuellement en détention, Alexeï Navalny, intitulée Le Palais de Poutine a été vue plus de 100 millions de fois sur YouTube. La Fondation Anti-Corruption (FBK) de Navalny dénonce l’opulence et le luxe de cette résidence valant $ 1 milliard (Rs 45 milliards) située au bord de la mer Noire à Guelendjik dans le sud de la Russie, mais également son financement par des fonds publics détournés.

Tout en révélant pour la première fois les images du luxueux intérieur du palais, Alexeï Navalny a dévoilé une structure complexe composée de trusts, compagnies offshore, sociétés écran, qui font du président russe le propriétaire des lieux – pas à son propre nom mais – à travers des personnes que l’enquête qualifie de «portemonnaie» de Poutine.

Toutes proportions gardées, un parallèle peut être fait entre ce scandale qui a mobilisé des milliers de personnes dans les rues de Moscou et causé des affrontements avec les forces de l’ordre qui ont arrêté plus de 2 000 personnes, et la saga Angus Road qui, même si elle a été éclipsée de l’actualité par les autres scandales du moment (Kistnen, Kanakiah, Fakhoo), reste une hot potato entre les mains du Premier ministre pour 2021. Les points communs entre les deux affaires se résument en deux mots : opulence et opacité. Et c’est celle-ci (l’opacité) qui fait de la première (l’opulence) une affaire d’intérêt public.

À ce jour, Vladimir Poutine a simplement déclaré que le film qui mentionne selon lui «des amis, d’anciens collègues, la famille éloignée, des connaissances» mais aussi des gens qu’il «n’a juste jamais vus» est une «compilation de vieilles allégations pour laver le cerveau des citoyens». Poutine ne répond pas aux détails précis de l’enquête de Navalny mais il peut au moins s’octroyer le mérite d’avoir répondu dans la foulée aux allégations. Encore un peu, Poutine sur «son» palais serait plus crédible que Pravind Jugnauth sur Angus Road.

Car le Premier ministre mauricien, lui, avait choisi de tenir une conférence de presse le 27 novembre 2020, soit 113 longs jours après les premières révélations de Roshi Bhadain à Rose-Belle. Lors de cet exercice, il a avoué que c’est l’homme d’affaires Alan Govinden qui a payé le vendeur (Bel-Air Sugar Estate) pour une portion de 7 023 m2 et qu’au final c’est au nom de ses filles que les titres de propriété ont été rédigés.

Et là encore – il n’a rien à envier à Poutine qui a fait incarcérer Navalny – il a choisi d’exclure l’express de cette conférence de presse. Nous n’avons donc pas pu poser nos questions dont celle-ci : «si les reçus circulés par le leader de l’opposition, et qui sont censés démontrer que vous (NdlR: Pravind Jugnauth) avez payé en cash dans des transactions au-dessus de la limite autorisée pour une portion de 3597m2, comment et quand avez-vous payé pour les Rs 7 millions ?»

Même dans sa plainte servie à l’express quelques jours après cette conférence de presse, Pravind Jugnauth ne répond pas à cette question. Quand on considère que l’ICAC avoue elle-même enquêter sur la façon dont le Premier ministre a acquis ces biens, le caractère opulent de la propriété, comme pour le palais de Poutine, devient central et d’intérêt public.

Selon une enquête de Navalny : l’obsession de Poutine pour le luxe et l’opulence

C’est l’enquête la plus massive de l’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny: dans une vidéo aux quelque 90 millions de vues, il accuse Vladimir Poutine de bénéficier d’un fastueux «palais» au bord de la mer Noire à Guelendjik dans le sud de la Russie et financé par des oligarques.

Les investigations d’Alexeï Navalny détaillent l’opulence de cette résidence de 17 700 mètres carrés sur un terrain équivalant à «39 fois la taille de Monaco». Le complexe comprend un amphithéâtre, une église, des vignobles, une enceinte de hockey sur glace, un tunnel géant menant à la plage ou encore un casino.

Accusant Poutine d’être «obsédé par les richesses et le luxe», l’opposant estime le chantier à 100 milliards de roubles (1,12 milliard d’euros) avec ses dix chambres d’hôtes, ses meubles sur-mesure ou encore sa brosse à WC italienne à 700 euros pièce.

Selon Navalny, la pêche est interdite dans les eaux avoisinantes et il existe une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la propriété.

Un cadeau des oligarques?

Selon Navalny, la construction du complexe a été financée par des entreprises liées à des proches de Vladimir Poutine tels que le patron du géant pétrolier Rosneft, Igor Setchine, l’homme d’affaires et milliardaire Guennadi Timtchenko ou encore Iouri Kovaltchouk, principal actionnaire de la banque Rossiya, surnommée la «banque des amis de Poutine» et sous sanctions occidentales.

Les fonds proviendraient de faux contrats et divers autres stratagèmes impliquant des entreprises publiques, dont la firme de transport pétrolier Transneft, dirigée par Nikolaï Tokarev, ancien collègue de Vladimir Poutine lorsqu’il travaillait pour le KGB soviétique. Un neveu du président est également cité.

D’après l’opposant, qui a publié ses accusations dans la foulée de son incarcération le 17 janvier, ces financements illégaux représentent le «plus gros pot-de-vin du monde». Il admet cependant qu’il n’y a aucune trace écrite du nom de M. Poutine.