Recherche contre le cancer: Nadine Laguette brille à l’Institut Génétique Humaine à Montpellier

Plusieurs de nos compatriotes brillent en silence à l’étranger. C’est notamment le cas de la Mauricienne et chercheuse Nadine Laguette. Sa découverte d’une protéine particulière qui inhibe l’inflammation, qui est une réaction du système immunitaire suite aux infections virales et aux dommages tissulaires, lui ont permis d’obtenir des prix prestigieux et de faire son entrée au centre national de la recherche scientifique (CNRS). Depuis 2015, elle est cheffe d’équipe à l’Institut Génétique Humaine à Montpellier. Son portrait en marge de la Journée mondiale contre le cancer, le 4 février.

Pour une chercheuse de ce calibre, Nadine Laguette est jeune. Elle n’a que 38 ans et elle avait déjà commencé à faire parler d’elle en France à 32 ans. C’est dire à quel point elle est brillante. Originaire de Belle Vue Mauricia où son père était Factory Manager, elle a grandi dans une famille de trois enfants. Sa mère était secrétaire de direction à la State Trading Corporation. Elle a fréquenté l’Ecole du Nord puis le Lycée Labourdonnais où les sciences, et en particulier la biologie, ont toujours eu ses faveurs. «J’avais un goût particulier pour la biologie et ainsi qu’une bonne et facile compréhension des concepts», raconte-t-elle par mél.
Lorsque Nadine Laguette obtient son baccalauréat, elle part pour la Grande-Bretagne où elle étudie la génétique moléculaire, thématique qui l’intéressait. Après l’obtention de son Bachelor of science, elle repart pour la France étudier la microbiologie à l'université d'Orsay. Son doctorat porte sur les mécanismes impliqués dans l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). «Je m’intéressais en particulier aux mécanismes cellulaires perturbés par le virus, ainsi que ceux qui régissent sa capacité à infecter ses cellules cibles.»  

Passionnée par ses recherches, Nadine Laguette, qui veut aller plus loin, rejoint le laboratoire de virologie moléculaire du Dr Benkirane à Montpellier où elle effectue un post doctorat de trois ans comme chercheuse sous contrat à durée déterminée. Sa recherche est alors centrée sur «l’identification d’une protéine cellulaire qui inhibe l’infection de certains types de cellules immunitaires par le VIH. » Recherche qui aboutit en 2011 à l’identification de la protéine SAMHD1, capable d’empêcher le virus du VIH d’infecter d’autres cellules.

Prix Sanofi

Ce travail lui permet notamment de décrocher d’abord le prestigieux Prix Sanofi – Institut Pasteur dans la catégorie Immunologie. Au magazine Elle qui lui consacre un article élogieux, Nadine Laguette explique que comprendre comment fonctionne la protéine SAMHD1 permet «d’apporter des informations sur la manière dont se réplique le virus mais permet aussi de réfléchir à long terme à comment activer cette protéine afin de les protéger de l’infection par le VIH» et d’améliorer les traitements pour les malades.  

Cette découverte, ajoute-t-elle pour l’express, a ouvert de nouveaux champs d’investigation dans de nombreux domaines. «Et par-delà l’étude du VIH, on a trouvé des applications en cancérologie. Nous avons pu voir également que le SAMHD1 est une protéine importante dans la capacité des cellules cancéreuses à proliférer et dans leur statut inflammatoire. Ainsi, moduler l’activité de cette protéine pourrait être envisagée dans des approches visant à moduler la progression tumorale.»

C’est suite à ces travaux importants qu’elle obtient un poste de chercheur au CNRS, au sein du laboratoire de M. Benkirane à l’Institut Génétique Humaine. A la suite de cette découverte, Nadine Laguette s’intéresse à d’autres processus impliqués dans la réplication du VIH. Ses travaux permettent alors d’identifier une interconnexion entre les processus nécessaires à l’infection virale et des protéines impliquées dans la réparation des dommages à l’ADN. Ces dommages, et les défauts dans leur réparation, sont particulièrement importants dans la tumorigénèse, soit le développement du cancer et sa propagation dans l’organisme sous forme de métastases. Ainsi, cette découverte va susciter son intérêt pour l’étude des mécanismes impliqués dans la tumorigénèse et comment l’inflammation est initiée et régulière dans ce contexte pathologique.

Propre équipe de recherche

Nadine Laguette obtient ensuite le prix Georges Frêche dont l’objectif est «de reconnaître l’importance du savoir comme moteur de développement économique régional, favorisant le mieux-vivre des habitants.» Prix qui récompense l’ensemble des travaux de son début de carrière.